Après plusieurs années de dégradation, les comportements de paiement des entreprises françaises montrent des signes d’amélioration en 2026. Mais derrière cette tendance globale, les situations restent très contrastées selon la taille des entreprises, les secteurs d’activité et les tensions de trésorerie auxquelles elles sont confrontées.
À l’occasion d’un webinaire organisé par les Assises des délais de paiement et des financements, en partenariat avec l’AFDCC et la FIGEC, Mikael Delaporte, Responsable du pôle Expériences de paiement chez ELLISPHERE, et Alenka Premrl, Comptable au sein du Groupe Adéquat, ont confronté leurs analyses : d’un côté, les données permettent d’identifier les grandes tendances du marché, de l’autre, l’expérience terrain révèle les signaux parfois très concrets qui précèdent les difficultés de paiement.
Les comportements de paiement s’améliorent-ils réellement en 2026 ?
Mikael Delaporte :
Le premier trimestre 2026 marque une nette amélioration après plusieurs années de détérioration. Cette évolution est notamment portée par le secteur de la Construction. Toutes activités confondues, il est aussi principalement le fait des grandes entreprises.
Chez ces dernières, la proportion de factures payées à échéance est ainsi passée de 30,17 % fin du 1er trimestre 2026 à 37,38% fin juillet 2026. C’est une amélioration notable, même si le niveau reste encore insuffisant : moins d’une facture sur trois est réglée dans les délais.
Les premiers éléments observés pour le deuxième trimestre semblent confirmer cette amélioration, même s’il faut encore disposer de davantage de recul pour parler d'une tendance durable.
Alenka Premrl :
Sur le terrain, la situation reste très contrastée. Chez Groupe Adéquat, nous sommes relativement peu exposés aux TPE. Les difficultés se concentrent davantage sur les PME, qui représentent une part très importante de nos menaces de sinistre.
Nous constatons notamment des retards supérieurs à 30 ou 60 jours. Certains comportements doivent alorsnous alerter : un client qui explique attendre lui-même le règlement de ses propres clients, des décalages successifs de paiement ou encore des changements répétés de mode de règlement.
Ce sont autant de signaux qui peuvent révéler des tensions de trésorerie chez nos clients.
TPE, PME, ETI : les mêmes retards ne racontent pas la même histoire
Mikael Delaporte :
La taille de l’entreprise est déterminante dans l’analyse du comportement de paiement.
Les TPE restent globalement les entreprises les plus vertueuses. Elles règlent une proportion nettement plus importante de leurs factures à échéance que les ETI et les grandes entreprises.
Cela s’explique notamment par des processus administratifs moins complexes, mais également par un rapport commercial différent. Une petite entreprise dépend souvent directement de ses fournisseurs pour poursuivre son activité.
Mais cette situation implique aussi une vigilance particulière : une TPE paie habituellement correctement ses factures, l’apparition soudaine d’un retard ou d’un incident de paiement peut constituer un signal beaucoup plus significatif que pour les autres catégories d’entreprises.
À l’inverse, pour une grande entreprise ou une ETI, un incident isolé n'est pas nécessairement synonyme de difficulté financière. Il faut observer plusieurs indicateurs simultanément : l’allongement progressif des délais, l’augmentation de la proportion de factures payées en retard ou encore l’accumulation d’incidents.
Alenka Premrl :
C’est effectivement ce que nous constatons. Pour les très grandes entreprises, les retards de paiement sont souvent davantage liés aux processus internes qu’à des problèmes de trésorerie.
Une anomalie administrative, même minime, peut bloquer le règlement d’une facture importante. Il faut donc distinguer le retard lié à une difficulté financière du retard provoqué par les procédures de traitement des factures.
Quels secteurs nécessitent aujourd’hui le plus de vigilance ?
Mikael Delaporte :
L’analyse sectorielle fait apparaître des écarts importants.
Le commerce, l’industrie manufacturière et l’agriculture figurent parmi les secteurs présentant les retards moyens les plus faibles, respectivement de 11,4, 12,3 et 12,8 jours fin juillet 2026. À l’inverse, la santé et l’action sociale atteignent environ 19,6 jours, tandis que l’hébergement-restauration se situe autour de 19,5 jours sur la même période.
Dans la santé, le poids des hôpitaux publics joue fortement sur le résultat. Certains acteurs peuvent être confrontés à des encours très importants et à des délais particulièrement longs.
Il faut néanmoins toujours mettre les données sectorielles en perspective avec la structure du secteur. Un secteur composé majoritairement de TPE ne présente pas nécessairement les mêmes comportements qu’un secteur concentrant de grandes entreprises.
Alenka Premrl :
De notre côté, le bâtiment concentre une grande partie de nos difficultés : environ 73 % de nos menaces de sinistre, c’est-à-dire des retards dépassant 60 jours.
Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : les délais associés aux marchés publics, la fragilité financière de certaines petites structures, mais également la volatilité du prix des matières premières et de l’énergie.
Lorsqu’une entreprise s’est engagée sur un contrat dont les prix ne peuvent pas être révisés et que ses coûts augmentent fortement, ses marges peuvent rapidement se réduire. La trésorerie est alors directement affectée.
Toutefois aujourd’hui, la vigilance ne peut plus se limiter à un seul secteur. Nous observons également des difficultés dans l’agroalimentaire, la chimie ou encore la logistique, avec parfois des défaillances d’entreprise de taille importante.